Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 15:46
ILS SONT 97 DERRIERE LES BARREAUX.  PARMI EUX LES BRIGADISTES ARRETES EN 2003 ET EN 2007. MAIS 26 D'ENTRE EUX SORTENT LA JOURNEE

Années de plomb, la sortie judiciaire

Liberté avec sursis pour les ex terroristes noirs et rouges. Des 6000 entrés en prison, 71 sont détenus à temps plein

Pour la liberté avec sursis concédée à Francesca Mambro, l'ex terroriste noire condamnée plusieurs fois à perpétuité, il y en a qui ont crié au scandale. Pareillement pour la décision française de ne pas extrader la brigadiste rouge Marina Petrella, condamnée à perpétuité elle aussi, réfugiée en France depuis 1993. A propos de Mambro, deux importants députés du Parti démocrate ont même déposé une question au Parlement, pour apprendre du Garde des Sceaux les raisons de la décision prise par le tribunal de surveillance de Rome.

Naturellement, le Garde des Sceaux ne pourra que répéter les motivations des juges. Lesquels, pour  concéder le bénéfice à l'ex terroriste également coupable officiellement du massacre de 1980 à la gare de Bologne (85 morts et 200 blessés, une tuerie dont la condamnée continue à se proclamer  innocente) ont suivi la jurisprudence qui depuis quelque temps a avalisé cette particulière clôture des comptes avec la justice (pas encore définitive, d'ailleurs) pour des dizaines d'ex militants du parti armé, dont quelques brigadistes auteurs de l'enlèvement et du meurtre d'Aldo Moro – Barbara Balzerani, Anna Laura Braghetti, Raffaele Fiore, Bruno Seghetti – et d'autres crimes, ou les adhérents à différents sigles de la galaxie éversive des années Soixante-dix.

Francesca Mambro – qui aura 50 ans en 2009, arrêtée quand elle en avait 23, sortie de prison depuis une décennie pour son "travail à l'extérieur" et sa maternité – n'est que la dernière à être sortie par la porte prévue par l'article 176 du code pénal. Et ce sera une des dernières parce que la plupart des ex terroristes y est déjà passée. Il y a quatre ans ce fût le tour de son mari, Valerio Fioravanti, qui se trouve dans la même situation juridico judiciaire que sa femme, sans trop de clameur. Pour les condamnés à perpétuité la norme prévoit la possibilité de bénéficier du "sursis" après avoir purgé 26 ans de leur peine (qui deviennent 22 avec la "bonne conduite" grâce au rabais prévu par une autre loi) et comme la grande majorité des terroristes a été arrêtée au début des années 1980, depuis le début des années 2000 les tribunaux de surveillance sont en train d'évaluer les instances des condamnés à perpétuité. Le résultat est que les prisonniers dits politiques qui restent en prison sont de moins en moins nombreux.

La comptabilité mise à jour des "détenus appartenant à des mouvements subversifs" offre des chiffres très bas par rapport aux 6 000 environ qui sont passés par les prisons italiennes pendant et après les "années de plomb". Ils sont aujourd'hui moins de cent, très exactement 97, répartis par aire d'appartenance de la manière suivante: 70 de gauche, 21 de droite et 6 définis comme anarchistes. Mais 26 de ces prisonniers sont en "semi-liberté" , c'est-à-dire qu' ils sortent de la prison tous les matins pour travailler dehors et rentrent le soir: 23 de gauche (le dernier en date est Paolo Persichetti, ex militant de l'Union des communistes combattants, le seul à avoir été extradé par la France en 2002) et 3 de droite. Tôt ou  tard, ils devraient eux aussi pouvoir profiter du "sursis".

Et donc, ceux qui ne mettent pas encore le nez hors de leur cellule ne sont que 71. Mais ce chiffre aussi doit être décomposé pour découvrir que tous les détenus à "temps plein" ne sont pas des terroristes encore "en service". En se concentrant, par exemple, sur le groupe plus consistant des militants des Brigades rouges et des sigles qui lui sont proches, les prisonniers qui ne profitent d'aucun bénéfice restent 47. Mais de ce chiffre font partie les néo brigadistes arrêtés après 2003 (dont les responsables des meurtres de D'Antona et Biagi) et les aspirants combattants du Parti communiste politico militaire, arrêtés en 2007. Et donc ceux de la "vieille garde" sont une trentaine, y compris des autonomistes sardes et des ex détenus communs "politisés" en prison, sans plus de velléités. Seule la moitié de cette patrouille continue à lancer des proclamations de guerre contre l'Etat et peut être définie comme "irréductible", tandis que les autres n'ont plus rien à faire avec la lutte armée.

Comme Cristoforo Piancone, un brigadiste rouge arrêté en 1978 après le meurtre d'un gardien de prison, admis à la semi-liberté en 2004 mais surpris il y a un an pendant un hold-up dans une banque: pas un "autofinancement" selon le modèle des temps passés, mais une tentative de gain personnel qui lui a coûté la révocation des bénéfices. Avant lui avaient emprunté le même chemin Giorgio Panizzari (ex des Noyaux armés prolétaires, gracié même par Oscar Luigi Scalfaro en 1998) et un ancien appartenant à l'Union des communistes combattants.

Parmi les femmes il y a Rita Algranati, brigadiste de la "colonne romaine" qui quitta en 1979 les Brigades rouges et l'Italie, se réfugia d'abord au Nicaragua et ensuite en Algérie. Elle ne fût arrêtée qu'en 2004 grâce à une "livraison" concordée entre les Services secrets italiens et les autorités algériennes, qui la fit retrouver du soir au matin en Egypte, où quelques fonctionnaires de police arrivés de Rome l'ont prise et conduite en prison. Depuis, alors que son histoire avec les Brigades rouges s'était achevée depuis un quart de siècle,  elle a commencé à purger les cinq condamnations à perpétuité qui lui ont été infligées.

Du côté du terrorisme noir, parmi les détenus sans bénéfices il y a Pierluigi Concutelli, qui s'est vu révoquer il y a un mois la semi-liberté parce qu'on a trouvé sur lui quelques grammes de haschisch, sûrement pas parce qu'il a recommencé à soutenir les idées "révolutionnaires" et meurtrières de jadis. On comptabilise dans la même catégorie l'ex "repenti" Angelo Izzo, qui a commis pendant ses précédentes permissions  des crimes affreux qui n'avaient rien à voir avec la politique.

Tout compte fait, des milliers de personnes qui sont passées par les prisons pour des délits  de nature politique, quelques dizaines à peine y restent  et seulement en partie avec les mêmes idées qui les y ont amenés. Tous les autres ont obtenu depuis longtemps les bénéfices ou la liberté conditionnelle et le pourcentage de ceux qui ont commis à nouveau des délits (qui ne sont plus de nature politique) pèse très peu. Cela démontre que, comme il y a vingt-cinq ans la magistrature se chargea de la répression du phénomène subversif, grâce aux "repentis" et aux lois spéciales, aujourd'hui on a confié à la même magistrature la tâche de clore cette saison en faisant rentrer dans la société des personnes qui ont tiré  et tué au nom d'une idéologie. Tout est délégué au moment judiciaire, avec des évaluations au cas par cas, à la discrétion de chaque juge (qui suivent des orientations différentes, par exemple entre Milan et Rome, la ville où la plupart des bénéfices a été concédée). Sans aucun acte politique scellant ces évènements.

Par cette "délégation" non déclarée les magistrats se sont chargés de restituer à la collectivité les protagonistes de l'enlèvement et du meurtre de Moro, mais aussi le fondateur du sanguinaire Parti Guérilla Giovanni Senzani – condamné, entre autre, pour l'affreux meurtre de Roberto Peci, frère du repenti Patrizio -, un frère et l'ex mari de Marina Petrella (condamnés à vie eux aussi) et d'autres encore. Habituellement dans l'inattention générale, par des décisions confirmées par la Cassation quand le procureur a fait appel, sans trop de protestations ou de cris au scandale.

Pour la libération conditionnelle, la loi prescrit un "comportement de nature à faire penser que le repentir du condamné est chose sûre". Et, selon les dernières décisions des juges, "la certitude ou au moins la probabilité élevée et qualifiée" de ce repentir ne passe plus seulement par la "révision critique" de son passé violent, mais aussi par la réconciliation (au moins  tentée, à travers des contacts épistolaires) avec les victimes des crimes commis. Un parcours difficile, accidenté et à l'issue très incertaine. Au fond duquel l'Italie a peut-être commencé à entrevoir – sans s'en rendre compte et se livrant aux verdicts aléatoires des juges qui varient selon les tribunaux – la fin du tunnel des "années de plomb".



Giovanni Bianconi
Corriere della Sera du 15 octobre 2008
Traduit de l'italien par Karl & Rosa

Partager cet article

Published by Oreste Scalzone
commenter cet article

commentaires

kletagr 03/12/2008 14:38

Trajectoires, notes de critique du Temps
(daté du 10 Novembre et mis en ligne le 14.11.08)
 
La puce à l’oreille…
Par Oreste Scalzone
Quelques réflexions sur certains points du mouvement en cours, et en particulier sur la question de la Vague anomale et la fascisation, et sur le moyen d’y faire face…
 
« Nous appelons mouvement »…
 
« Savants »en nulle chose (pluriel… d’embarras), nous nous occupons plus entre autres choses de mouvements. De ces confluences, ou pour mieux dire de coalescence, qui se déterminent quand en viennent à se reconnaître des gens –quantité de personnes singulières, chacune pourvue d’une naissance et d’une mortalité à venir, parcours, territoires existentiels, douleurs, préoccupations, besoins, passions, tête –  en un dénominateur commun, en un pas de deux  commun qui n’en oblitère pas pour autant la singularité, comme en pâtit le « camérisme-groupuscularisme » par son effet de « bande-troupeau », mais le dote au contraire d’un espace de respiration.
Mouvements multitudinaires, multitudes humaines, de classe et parfois de langues, de genres ; mouvements de qui est en phase avec sa puissance de vie propre, la force des formes d’existence, de besoins, de ce qui se dénomme (et mettons de côté toute controverse sur ce point) passions et désirs, et éprouve en même temps le corset, le « lit de Procuste » de l’organisation sociale, des normes, des logiques matérielles- à commencer par l’économie- possibilité contre laquelle s’épanouir et se déployer. Mouvements de lutte, de ces « qui », parmi autant de ceux « qui » éprouvent leur propre temps de vie, leur existence utilisée, administrée, décidée, commandée, et froissée par d’autres ; et surtout par d’anonymes forces co-incidentes* (*au sens que ce mot prend en Physique[ =>eco/écho-genti/actives ; soient des forces dont des signaux, des synapses, orienteraient les sens et les directions de façon synergique sur un ou des points…Note du traducteur]), par d’implacables logiques et raisons, qui s’ajoutent, comme dispositif de production d’échec de tous types, à un mal de vivre constitutif, aux doutes, harcèlements et suspicions de non-sens connexes à la cognition de la mortalité, et qui enveniment toute écorchure de vie, déjà qu’est chassée comme rendue impossible la méchante idée d’être accepté, provisoire comme la lumière de la flamme d’une chandelle- seule, unique, ‘première et ultime’.
Mouvement, c’est quand s’agrègent de larges ensembles de sujets de cette espèce « anomale » -savants en devenir- définie pour cette occasion, en ce qu’elle s’affranchit de la régulation de l’instinct de sa conservation et se meut hors de l’être, dans le temps, dans le souci de connaître, dans la perception de l’altérité ; c’est lorsque des groupes qui reconnaissent les besoins, les passions et les rêves, communs, se mettent en mouvement* contre l’inertie de l’état des choses existantes et des dynamiques qui jaillissent d’une continuité de ses principes actifs (*le débordement ?N.d.T.) Les mouvements, dont nous avons surtout cultivé le dénominateur social, proprement-dit. Si cela n’est pas exhaustif de tous les cas de figures de mouvements possibles,  le fait de penser s’en aller chercher tout ce qui reste en dehors de ça revient à chercher sans la lampe de l’altérité. Et en effet, les moments de grande crise sont aussi moments de vérité qui ramènent à ce point de vue : non pas parce qu’il y aurait une hiérarchie qui rendrait plus « réelle » ou « importante » un tel rapport et une telle contradiction, respective, que je sache,  à cette dernière « de genre », ou à d’autres ensemble définis par des critères particuliers ; ou bien encore respectifs à une contradiction qui incombe à tous et chacun catastrophe du monde, disons-nous, « psychophysique »- au plan des diverses écologies. C’est plutôt que le contraste, l’hostilité, le contrepoint de logiques par rapport aux fonctions et caractères sociaux permet une approche immédiatement active**(**on met tout de suite en place, sur place ce qu’il est manifestement le propos de le faire ; on ne loue pas une salle pour en discuter… N.d.T.), sans besoin de les différer, ni de transferts dans le temps et dans l’espace.
En sa plus simple expression, le prolétariat subversif, c’est ça…
 
La pensée bifide:« Ils disent qu’on fait de la mise-en-scène… »
 
Sans arrêt, ils disent que l’on fait de « la mise-en-scène » au nom du fait que ce monde serait le seul monde pensable, et qu’en poursuivant dans sa propre dynamique, il tendra à être « le meilleur des mondes possibles » ; c’est « au contraire », avec un contrepoint systématique, que ce monde court à la catastrophe. Et on n’entend plus là des « voix du sous-sol », de bonimenteurs du ressentiment, hyper-critiques, millénaristes, apocalypticiens… ; ce sont plutôt – précisément- des voix de « là-haut », des « hautes sphères » à commencer par la pléthore d’organismes onusiens, qui prophètisent des écocatastrophes à « en veux-tu, en voilà » (et catastrophes démographico-sociales) imminentes. À l’extrême, peu importe que cela soit ou en quelle mesure tout cela soit matériellement concret, ou en quelle mesure cela pourrait l’être – pour les plus diverses synergies de mouvements, raisons et déraisons, suggestions, extrapolations qui ne tiennent pas compte des dispositifs autocorrectifs, de feed-back : dans l’un, comme dans l’autre cas (et dans toutes les possibles communications et nuances) réside aussi « simplement » ce message –avec tous les autres qui lui sont, donc, conséquents – provoquant dans les têtes l’abîme de l’angoisse du « No future ». Mais encore : l’effet d’ « oxymore prescriptif , normatif, corrélatif » des messages d’injonction bifide, auto-contradictoires à jet continu, dont on parlait plus haut ; le devenir –le fait que le Discours devienne un double bind***(littéralement : tenir ensemble X 2 : parasitage de la pensée par une suggestion, suivie d’une autre, contradictoire, propice à désorganiser les intentions, démobiliser les résolutions, et intoxiquer un hypothétique « quartier général » ; cf. aussi intoxication, manipulation de masses… N.d.T.) assommant,  injonction systématiquement contradictoire ; l’inflation exponentielle continue d’informations, et contre(-informations), et méta(-informations) ; la multiplication d’incertitudes de vrai, de faux, de simulé ; la permutabilité de toute assertion dans le soupçon commun d’inauthenticité ; la « Tour de Babel de retour » des égotismes égolâtres, des particularismes chacun se voulant absolu, de cousins égaux et contraires de la Déesse Totalité […] tout cela ne peut que déchaîner un pan catastrophique plus rapide et – en l’espèce -- décisif :  celui (dans l’emballement de la Doxa et du Spectacle qui prennent l’avantage sur l’approche graduelle plus pénétrante d’un réel) du sens – une crise de la sémiosphère et de la logosphère : crise catastrophique du « mental ». Psycho-, et donc étho-, anthropo-catastrophe…
 
1° partie sur 3.
 
Traduit de l’Italien par Sedira Boudjemaa, artiste-peintre.
Nîmes, le Jeudi 27.11.08. 12h30
 
[…]. Il s’agit à notre humble avis – soumis à controverse, à contradiction ou à contestation -, de commencer (sans tomber dans le panneau des « 2 temps », ou d’une distinction de « niveaux », par exemple entre action et réflexion, entre action et réflexivité critique, tendant à l’auto-révision) à regarder dans quelle mesure le logos des mouvements se situerait parfaitement dans cette dérive et cet abîme : variablement homologique, et – dans ses composantes, subjectivement, intentionnellement plus radicalisées ( ce qui nous tient particulièrement à cœur parce qu’existentiellement, sentimentalement, dans le quotidien de toute notre vie, ce sont les nôtres ) – condamné à nourrir par la suite cette même homologie par l’effet de co-action à la mimesis***(le Même, le mimétique qu’il y a dans le « Tous ensemble » ou le « Tous unis », comme mouvement qui occupe tout le monde à « se fondre dans l’unité » et « ânonner le même discours » sous peine d’apparaître comme un « diviseur »… cf. aussi : Panurge et ses moutons, sauf que c’est au crépuscule qu’il se noie avec le troupeau, dans son mouvement d’aller sauver une seule bête… N.d.T.) que comporte la rétorsion – en tombant ainsi dans ce que René Girard définit, entre « égaux et contraires », spéculaires, et pour cette raison même condamnés au cercle vicieux : « plus il y a d’identités identiques, et plus c’est jusqu’à « la dernière goutte de sang », avec un besoin réciproque de s’annihiler, comme deux nationalistes l’un face à l’autre, hurlant à l’unisson dans leurs langues respectives le même cri patriotique…
 
Mouvement de la critique subversive radicale, ou catastrophe
 
Étant donné la suraccumulation de crises catastrophiques en cours et annoncées, il se pourrait bien que soit déjà advenue une mutation irréparable de l’humain afin qu’il ne se développe pas de révolte, afin que tout continuât dans un substantiel acquiescement parsemé de quelques points épars de résistance et encore moins de contre offensive ni d’offensive. Il se pourrait bien que soit déjà passé le seuil d’une domestication robotisante, capable d’avoir inoculé le virus décisif d’assentiment, qui ensuite se fait connivence,  et ainsi de suite. Néanmoins par hypothèse, nous ne le croyons pas.   Nous ne le croyons pas, malgré l’effet d’hypnose qui –à niveau d’un grand nombre – peut pousser, et nous le voyons pousser, à danser sur le pont du Titanic, entre désespoir résigné, forme angoissée de « Carpe Diem », et bien plus diffuse) incrédulité que la tragédie s’accomplisse vraiment, qu’elle nous atteigne, nous, nous-autres, ou nous-autres aussi ; et encore, cette maudite idée qu’au fond, « ils auraient…trouvé », ils auraient… résolu » ( mais qui ? « Eux », les gestionnaires de…, et en tout cas «  une rationalité systémique »…). Mais- et nous pensons que cela ne soit pas la projection d’un désir, ni que ce soit une prévision « pleine de bonnes intentions »/ wishfull thinking (en tout cas, il faut toujours compter un peu sur l’effet de « prophétie autoréalisatrice »…, ou en constituant un élément actif) – et malgré tout ça, la révolte se reproduira, elle a déjà commencé et recommence.
Voilà un aperçu succinct, plus que sommaire du « Théâtre de l’Italie ». maintenant en approchant la loupe à un scénario « moyennement local » du Théâtre –Italie : nous pourrions définir, et seulement maintenant,  après tant de cris « Au loup ! » qui ont amplifié l’alarme (#cf. : pages suivantes), la majorité du gouvernement et le Gouvernement lui-même comme « libéral-fasciste ». C’est là une définition inévitablement approximative, si elle se veut provisoire, (nous le repêcherons, en l’affinant, ce vieux terme, en eaux de PaeseSera )l’Avenir du Pays, ou Le Pays D’abord, qui serait le courant populiste italien le mieux partagé par Les Italiens d’Italie ou par l’Italie aux Italiens, on ne sait plus ! Le problème d’en rire est qu’on ne sait plus avec qui on rit…N.d.T.] : on ne doit pas avoir peur du jeu stupide des mises à-plat analogiques, et nous devons chercher des armes, avant tout dans ce cas, des outils terminologiques… Il nous vient en tête – un repêchage en tirant un autre, ainsi que vient une poignée de cerises en en cueillant une – ce terme contemporain : mais cet élément et aspect nous paraît, franchement, même s’il est présent, décidément secondaire en regard du premier) . Maintenant, notre problème est de ne pas nous laisser hypnotiser par la phénoménologie « horrifique » de cette culture et par les décisions auxquelles il donne lieu, et finit par opérer une continuelle synédoche qui a un caractère de diversion. Il s’agit de voir comment cette action s’inscrirait en tendances bien plus générales, qui – pour s’en tenir à la seule Europe – ont pourri depuis quelques années cet endroit du monde, comme tendances « lourdes ».
 
Le problème : fascisations et « Vague anomale »
 
Ici, maintenant, et cependant, en ces nuits « en le prenant à bras le corps  » et « à chaud » nous voulons nous arrêter sur un point dramatisé par la récente actualité : la question des fascistes et de la « Vague anomale ».
Dans la prochaine édition de cette lettre du Lundi dont la parution sortira sur le Black Blog, nous développerons un raisonnement que nous livrons ici par « grands traits ».
Existe le risque de la part de l’antifascisme tel qu’il est, cette fois, d’une sous-évaluation de la dangerosité de cette « poussée » de « fascisation ». Lorsqu’autrefois, nous autres de Potere Operaio et suite- nous nous trouvions parfois accusés d’une sorte de « néo-bordighisme » en la matière par les « adeptes scrupuleux aux travaux théoriques» - nous voyions dans l’anti-fascisme, dans l’artificialisation idéologique ( ainsi que dans l’anti-golpisme****[du castillan golpe : coup d’état N.d.T.])  une surrévaluation du poids, de l’importance de l’élément fascistoïde sur un territoire « socio-culturel » tel que l’est l’Italie, comme cas d’espèce. Et nous avions mis en garde du risque connexe de faire dériver de cette surrévaluation une conséquence « frontiste » et subalterne, au sens de réagir un peu tel le toro devant la muleta…[…]Aujourd’hui le cadre est différent. Dans le climat-mental donc- de catastrophes en cours, imminentes et sans appel, la révolte devrait se doter au moins d’une « colonne vertébrale », un foyer de motivations, de formes d’existence et de pratique, de critique radicale adéquate ( en regard de la question écorchée de Théorie & Praxis, l’important est de se garder d’une théorie se définissant comme absence/incapacité d’action, et par une « pratique » se caractérisant comme exempte de théorie…) Nous continuons à penser que le point de vue théorique adéquat, pourtant, est exactement ce « bébé qui a été jeté avec l’eau sale de la baignoire »( non seulement l’eau de l’antifascisme, mais aussi d’une monstrueuse contrefaçon, qui a été la contradiction –« lassalienne » - transmise en épithète par Kautsky sous le propos des catégories de Canone et Vulgata – d’un « communisme d’État » : économique, « travailliste », étatique, idéologique, « pénal »). Le « bébé » est – pour faire court – la critique théorico-pratique radicale, marxienne du Capital, anarchique de l’État : points de vue critiques qui, tumultueusement, s’articulaient, entre 1848 et la Commune de 1871, dans l’Association internationale des Travailleurs, la bien nommée « Première Internationale ».
 
À partir de ce point de vue, des expériences d’organisations vers lesquelles elle s’est tournée (l’A.i.T., La Commune de Paris), il est aujourd’hui possible d’ouvrir une « parenthèse » dans le sens d’une concaténation de mouvements radicaux, porteurs de la perspective d’autonomisation commune, comme mise en œuvre d’un principe résolument différent de tous ceux qui ont eu l’avantage au cours de l’ainsi dite Histoire, comme histoire d’une continuelle guerre « du haut vers le bas »  tendant à confisquer, comme à inhiber, un principe actif de communauté et d’autonomie, inné à l’élément primordial d’une puissance-en-vie, au sens spinozien de la persistance de l’Être propre. Si cela, cette trace ne parvient pas à vivre « dans le flux des mouvements » (et non pas en tours d’ivoire de vigilance d’une radicalité d’élite), la révolte sociale contre cette forme italienne que nous avons, avec approximation, définie « libéral-fasciste » de gouvernement de « l’État pénal », pourrait bien dérisoirement finir par être, sinon hégémonisée, largement innervée par des courants de « fascisme populistico-social ». Et ça c’est un danger bien plus grave, qui mérite réflexion et controverse, plutôt que l’idée – minée par le mépris qui, sous estime inévitablement une force qui est ennemie, finirait par dévier l’action – d’une sorte de sortie par les égouts de silhouettes d’ « hommes de main »-« exécuteurs de basses besognes »… cette même idée qu’il s’agit, ou de « sous développés mentaux », ou de « profils louches » qui s’infiltrent consciemment pour provoquer, est un fabliau idiot. Autant elle le sous évalue qu’aujourd’hui ce même  problème en devient un, et précisément parce qu’il n’est pas la « masse de manœuvre » d’  « idiots utiles » (ou si l’on veut, certes pas tous et pas seulement, ni ceux moins méprisables et – autant pour cette raison- dangereux), provocateurs, briseurs de grèves [la fonction de casser les piquets de grève des briseurs de grèves]. La chose, de notre point de vue, grave est qu’on est en présence d’une culture structurée, d’une idéologie avec toutes ses sources, qui est une idéologie hiérarchique, avec revers « racialistes », avec un soubassement d’antimodernisme, antiglobalisme, anti-Droits-de-l’Hommisme, anti-universalismo-démocrato-citoyen, anti-technoscientismo-modernisé qui, d’un autre côté, risque de superposer par « pans » entiers à des thématiques et des passions « de Camaraderies » (ce qui, en soi, ne devrait pas nous déranger : au sens plein, de discours, jusqu’à l’effet-Babel et overload, il y a une infinité de cas de superposition possible de segments, « plis » et expressions : qui les utilise de façon terroriste creuse sa propre tombe, parce qu’un tel semblant de méthode et de telles supposées « révélations » sont sujettes à rétorsion entre tous et toutes, à l’infini…)
Il est plutôt mieux d’être conscient que, des discours qui se bornent à la partie pour le tout (jusqu’à la bourgeoisie, ou la propriété privée, ou le marché, ou la finance, ou l’impérialisme au lieu du capitalisme ; ou bien de gouvernement au lieu d’État et ainsi de suite) ; mais aussi un discours anti-capitaliste peuvent être faits de tant de points de vue : il existe un anti-capitalisme de type traditionaliste, un de type spiritualiste et religieux) : la première « motion » antifasciste serait d’éviter de brandir des propositions qui ont leurs racines, rien qu’à la façon de les poser,  dans des présupposés et conséquences, qui  sont précisément « pas par hasard » coïncidentes avec des fragments de discours fasciste. Le mélange d’essentialisme, de suspect de trahison dans sa logique, de ressentiment moraliste qui circule – non pas déjà caché, mais en milieux de camaraderies, vraiment insoupçonné – en tellement de publicité pleine de bonnes intentions et qui se considère radicale et antagoniste à propos des « américains et des sionistes », risque d’être objectivement subalterne à certaines thématiques qui sont parfaitement conscientes chez les fascistes. Sans une clarification très nette sur ces points, y compris les plus  « reprises » des revendications identitaires, comme dans le rapport de force physique, risquent de ne pas être adéquates à la gravité de cette question. Mais c’est une question essentielle, qui nous semble sans fin. Quelques-uns des groupes dont nous parlons (ces « purs », intégristes, non mélangés aux anti-chambres et périphéries des secteurs que nous avons définis plus haut « libéraux-fascistes », ou « fascistoïdes », de la société politique et en particulier du milieu gouvernemental), nous continuons à les appeler un peu improprement –au risque d’une négligence- à les appeler « fascistes » quand le substrat culturel, les références doctrinales, la mythologie et la mystique font plutôt référence au national-socialisme. (Qui, parmi les copains,  commencerait à s’agiter sur sa chaise parce qu’il note cette distinction taboue, étant donné que l’utilisent aussi en de tout autres contextes et à d’autres fins, ceux qui veulent mettre sur le dos tout le démoniaque par le crépuscule des dieux au nazisme et récupérer un fascisme  à demeure, flexible, de « braves gens italiens », doit bien rester tranquille. Si, en fait nous ne pouvions pas utiliser des mots et des concepts que pour des auditoires singuliers, ils n’en seraient pas moins analogues à ceux de nos pires ennemis, nous laisserions à ces derniers le monopole du vocabulaire et nous finirions en état d’aphasie). Ces courants du fascisme – évolien, par exemple- d’ascendance et de regard renvoyant plutôt au nazisme, ont des précédents précis : dans le  livre « Les rachetés », de Mirella Serri, on répertorie une série d’arguments et figures de la dissidence fasciste, d’un certain frondisme qui s’est développé au début des années 40, et  puis qui,  après le Libération, a transité dans l’antifascisme, en faisant référence à une approche « naziste ». Dans le fascisme il y a un élément de racisme ordinaire colonial européen, dans le cas des « parvenus du colonialisme », entre mythologie paternaliste de « visage noir » et réalité de la guerre d’extermination menée en Abyssinie, et des lois contre le métissage. L’antisémitisme, brandi par Mussolini dans ses conversations avec Von Ludwig, y paraît un alignement servile, par souci de Realpolitik, avec les lois raciales de 1938. Il est par ailleurs vrai que l’iconographie mémorielle de la guerre et de la république de Salo est influencée par une prévalence de référence au nazisme. Maintenant, le nazisme a connu un entrelacs de mobiles et d’issues. Parmi les mobiles le victimisme paroxystique, avec son cortège de ressentiments, rancoeurs et délires paranoïaques de toutes sortes : pas à cause de la mortelle et sanguinaire compétitivité concurrentielle avec le bolchevisme. Mais le « cœur du cœur », le cordon passionnel, le noyau intime ultime, le « cœur de ténèbre » de l’anthropologie nazie, lisible déjà dans « Mein Kampf » et déjà au cours de la République de Weimar, en particulier dans toute l’histoire des S.A. de Rohm, lisible dans les slogans obsessionnels, dans l’exacerbation des pratiques, ce cœur est l’antisémitisme et plus spécifiquement la judéophobie.
(fin de la 2° partie sur 3).
 
 
Cette dernière recouvre les territoires existentiels plus amples de l’antisémitisme « sociobiologique », forme classiquement raciste. C’est en fait la présence d’une paranoïa  du complot, l’attribution d’une conspiration pour dominer le monde, qui appartient à l’obsession de logiques cachées (de trahison, comme de « main invisible », de faits inexpliqués, comme de « meurtres sans mobiles » N.d.T.) non nécessairement racistes stricto sensu. Le cri de « Mort aux Juifs » est scandé dans les rues de la cité allemande et devient fracas obsessionnel au crépuscule de la République de Weimar, en 1932-33. Comme on le voit en toute évidence, déjà bien avant la solution finale et de tout ce qui est évoqué par la parole survivante à Auschwitz, ceci est un trait absolument reconnaissable et qualifiant : non pas tant un accessoire au regard du nationalisme revanchard, à l’anticommunisme, à la lutte contre les ploutocraties démocratiques occidentales, à la conquête des  grands espaces, à ce qui sera appelé le totalitarisme autoritaire, comme d’autres ingrédients du « nazisme spécifique ». Ces milieux, qui se posent, disons, en « fascistes purs, révolutionnaires, sociaux, anti-impérialistes, anti-globalistes, anti-sociétaux », rompent sur ce point de façon violente avec des milieux de leurs ex-corréligionnaires, une fois devenus gouvernants, « embourgeoisés », libéraux-fascistes. Il est symptomatique que l’insulte extrême dédiée au « traître Alemanno » soit : « sioniste ! » ( qui semble le terme correspondant aux anathèmes de Vychinski reptiles, taupes hitléro-trotskystes à l’appui…). Mais reprenons le raisonnement qui nous concerne. Si, par une traduction mal comprise de raisons « sacro-saintes », comme l’anti-colonialisme en a face aux politiques de l’État d’Israël, comme la critique du sionisme (légitime à la condition de ne pas extrapoler le même bouquet des nationalismes étatiques comme s’il s’agissait d’une exception absolue) ; si –par la suraccumulation sur ce même anticolonialisme de déchets sous-culturels, pêchés à Droite et à Gauche – on finit par exprimer de façon à peine voilée un préjugé antihébraïque qui semble traduire tout l’arsenal de l’identification de l’Hébreu avec l’usurier, le financier, avec le membre d’une cryptocratie, il est évident que pour autant que l’on s’agite, on fâche l’antifascisme le plus déchaîné qui s’exprime avec les mots et les mains d’être objectivement « sous leur chapelle ». Il se trouve dessous parce qu’ils connaissent et revendiquent des sources précises de leur discours, alors que des milieux entiers de camaraderie généreuse et dépourvue radicalisée dans l’anti-impérialisme est ignare des contextes épistémologiques et historiques, des racines et de la portée des fragments de discours qu’il véhicule. Ce nœud de problèmes ne peut pas ne pas être affronté parce que « malcommode ». C’est là un carré de plants de tournesol extrêmement révélateur. Ni le sang versé, le sien ou celui d’autrui, ne fera s’échapper personne de ce point aveugle.
 
 
Traduit de l’Italien par Boudjemaa Sedira, artiste-peintre.
Nîmes, le Vendredi 28.11.08. ;11h40 A.M.
(3° partie et fin)
Ils se trompent, ceux qui pensent – autant que je sache – que Lucio Dalla serait devenu « de Droite » » parce qu’il dit que c’est une erreur de penser que les fascistes seraient nécessairement « incultes » (ce serait comme penser qu’ils doivent être « épais intellectuellement »…) et qu’on ne doit pas oublier les Céline, les Ezra Pound, (et il faudrait ajouter à la file Heidegger, Karl Schmitt, Julien Freund, Evola…). Je ferais cette remarque : premièrement, c’est une très grave erreur de confondre le concept d’ennemi et l’inimitié y compris comme passion, avec une espèce de « racisme moral » qui est grave de par lui-même, parce qu’il nous renvoie l’ersatz spéculaire à qui conçoit l’affreux concept de… ; deuxièmement sous-évaluer l’ennemi en le caricaturant, est vraiment désespérant, tragique pour nous ! Les choses sont bien plus graves. Au moins quelques-unes de ces fascisations, se pensent, s’envisagent, se conçoivent comme « révolutionnaires ». Et même, comme ceux-là qui sont les vrais, encore plus révolutionnaires, révolutionnarissimes… Autre chose qu’  « hommes de basses besognes »… On pense, en temps de grands cataclysmes sociaux – à la génèse du nazisme durant Weimar, en commençant par le terrain préparé constitué par la féroce contre-révolution anti-Spartakystes jouée par les Hébert et par les Noske, sociaux-démocrates provenant du Socialisme national, chauvin, étatique, éthique et ethnico-héritier du programme lassalien de Gotha. Sur le plan « anthropologico-culturel », le terrain a été préparé par les Corps Francs qui ont exterminés dans le sang les Spartakystes pour le compte de la social-démocratie, assassiné Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht, et qui ont été vraiment des Sections d’Assaut (S.A.) avant la lettre. En Italie, comme figure « noskienne » nous avons eu de telles et décisives déconvenues de la part du « Machin-P.C.i. », voisins et descendants… Et donc, sans vouloir « tirer par les cheveux » la moindre analogie, cela représente un autre niveau que celui de ce goulet d’étranglement terrible dans lequel nous évoluons. Seule une très grande capacité d’indépendance, d’autonomie, peut imprimer un caractère puissant, « positif », aux mouvements : celui qui est en cours est entravé par des sujets agents divers, du « libéral-fascisme » à une masse de riens veltroniens, qui hybrident dans une autoproposition auto référencielle idéologismes et pratiques imprègnées de tant d’éléments provenant du « pire », et des façons de faire les plus intégrées aux logiques de domination ; jusqu’à des populismes divers, allant des égalitaristes, culpabilisants, pénaux, à celui « classiquement » d’ascendance idéologique nazie-fasciste.
 
Il n’est pas sûr qu’en fermant le cercle d’un contrepoint qui finisse par se rétrécir, à la faveur d’une intense territorialisation, vers une base identitaire, qu’on peut comparer à cette tentative de petits groupes fascistes de prendre l’avantage… La confrontation physique devient perdue d’avance, si fait défaut le noyau vivant profondément résolu à « faire communisme » (qui, étant donné le venin de fausses-monnaies en cours répandu dans ce domaine ont fini par tuer la parole –ça arrive !-, nous devrons redéfinir plutôt le mot « Commun’autonomisation » [les camarades anglais de Brixton construisaient, en 1970, des « bases de vie »… N.D.T.]) : quelque chose qui serait non pas  à inventer, mais qui est présente, comme instance, dans les plis de l’existence humaine, présente depuis toujours, et dont nous devrions le déployer et le laisser s’affirmer dans l’autodétermination des destins des gens… Antifascismes, anti-impérialismes et autres anti- et contre-, séparés de ce noyau de puissance et de critique vivant, peuvent être avancés dans les perspectives les plus diverses : nous devons pourtant ne pas demeurer subalternes à l’une ou l’autre.
Maintenant, il nous semble devoir faire cette autre remarque que l’antifascisme de ce moment que nous vivons, cet antifascisme tel qu’il existe est fondamentalement inadéquat, ne serait-ce qu’au regard de ce que réclament les nécessités d’affronter une initiative fasciste émergente. Un exemple, avec des limites qui comportent toujours leurs analogies. Marx voit la haine de classe – haine, non seulement pour le patron, mais avant tout contre un rapport social, contre les réactions qu’elles induisent, contre la soumission, le rôle et la condition de ceux qui l’entourent- comme point de départ (si on veut, au sens nietzschéen du rapport entre haine et connaissance. Tout comme la révolte, la rébellion elle-même est un «  matériau de base » pour une « raison subversive », révolutionnaire. Maintenant, cette haine ne la transforme pas en plainte, ni en berceuse, en malédiction contre une sorte de maléfice, contre un « mauvais sort personnel », par essence et/ou par culpabilité : elle commence avec l’économie politique à laquelle on s’implique à l’appliquer -avec un œil sur les luttes, sur les mouvements- « et cela vaut bien une demi-douzaine de programmes » ! La critique de l’économie politique a pour objet les dynamiques de l’utilité. Quand on en vient à parler de sujets humains constitutifs de tendances, logiques, mouvements historiques, et autant d’autres, il faut accompagner cette critique d’une » critique de l’économie politique des libidos » (la notion de « licence » à l’usage élargi du mot a été conquise en son temps par, et donc est entrée dans l’usage, n’est pas une extravagance terminologico-conceptuelle).
Cela (ainsi en parlent de façon entière Deleuze et Guattari, en §.1 et §.2, « L’Anti-Œdipe » et « 1000 Plateaux ») est tout autre chose que « psychologisme », que « psychanalyse à 50 centimes ». Tout cela, ainsi que le dirait Sun-Tse dans l’art de la guerre, est nécessité élémentaire, pour combattre. À la suite d’un tel texte, je voudrais insérer quelque citations de Sébastian Haffner, pour observer les changements dans  les «positions progressives » qu’elles ont permises, comme le dit Haffner en d’autres mots, dans la façon qu’a eue l’abject nationalisme allemand de dévorer « l’âme » de l’Homo allemanicus, comme un micro-organisme dévore une huître.
 
Il faudra probablement se battre, même physiquement, avec un goût qui nous  sera propre. Se boucher la vue pour procéder à des « diabolisations » ou « bestiallisations », toutes impertinentes pour la critique et inutilisables pour la bataille (qui se fait contre, mais contre « Monstres et démons »), est une erreur impardonnable. L’autre argument que nous  développerons est celui qui regarde non seulement les mouvements en général, mais qui nous prenne en compte, nous, nous-autres complètement désarmés et exposés –pire que défaits- à l’hégémonisation et à une objective subsomption, si nous ne reprenons pas en main une arme, un arsenal théorique surtout, de type indépendant et radical. Ce ne sont pas là des auto-définitions suffisantes : disjointes par un socle que nous appelerons communiste ( et puisque le nom a été sémantiquement violé et contrefait, appelons-nous « commun’autonome », ou si l’on veut « communard »), ceux-ci pouvant devenir, outre impuissants à nous distinguer, subalternes. D’ailleurs, - vérification empirique- des anti-impérialismes fascistes existent aussi bien que des antti-fascismes anti-impérialistes. Les choses, en somme, risquent d’être bien plus vastes, profondes et terribles- mais aussi enthousiasmantes.
 
Traduit de l’Italien par Boudjemaa Sedira, artiste-peintre.
Nîmes, le Samedi 29.11.08. ; 14h15.

Archivio